30.01.2009
Fred Deux-Cécile Reims

Liés depuis un demi-siècle, les dessinateurs Fred Deux et Cécile Reims sont enfin exposés côte à côte.

Ils ont tous les deux dépassé les 80 ans, dont plus de cinquante années de vie commune. Ils sont tous deux artistes, formés sur le tas, avec la nécessité impérieuse de dire leurs vies qui démarraient mal. Bousillées par la misère (pour lui), la barbarie de la guerre (pour elle, dont la famille juive de Lituanie fut décimée) et la maladie (« poitrinaires » l'un et l'autre). Fred Deux, dessinateur, écrivain, poète, et Cécile Reims, graveuse, tisserande, dessinatrice, se sont rencontrés en 1951 et ont toujours travaillé côte à côte - ils continuent. Pourtant, leurs oeuvres n'avaient jamais été exposées ensemble, alors qu'elles naissent dans le même creuset, à l'écart des cercles artistiques parisiens, dans la solitude d'une maison du Berry, sous l'oeil tutélaire des oeuvres amies (telles celles d'Henri Michaux, Victor Brauner, Max Ernst, Roberto Matta...), des objets d'art premier ou d'art brut dont ils s'entourent - qui ont fait eux aussi le voyage pour l'exposition à Paris.
C'est donc à un rendez-vous intime, quasiment à une visite à domicile que nous convie le musée de la halle Saint-Pierre, qui a réuni 250 oeuvres de ce couple hors des sentiers de l'art, forant dans les tréfonds de leur âme comme on remonte avec inquiétude un poids mort pris dans les rets d'un filet de pêche. Pour Fred Deux, ce sont des personnages étranges, extra ou supraterrestres hydrocéphales dont les organes, les cellules et les ramifications nerveuses apparaissent à fleur de peau comme des veines d'un nouveau-né, ou bien encore des formes cellulaires à flagelles ou à cils, que, parfois, irrigue un sang d'aquarelle ou de gouache. Cécile Reims, elle, s'est longtemps effacée devant les oeuvres des artistes qu'elle gravait - Leonor Fini, Hans Bellmer, dont une série érotique est présentée dans une salle retranchée - avant de se remettre au crayon, sous lequel naissent des formes végétales ou animales, des personnages surgis d'un océan de pierre. Des dessins extirpés pour l'un comme pour l'autre du plus profond, qui remontent à la surface parce qu'il faut rester en vie, coûte que coûte.
(Sophie Cachon, in Télérama n° 3079 - 14 janvier 2009)

Fred Deux, Le Massacre des innocents - Les Rems (1989)
Centre Georges Pompidou

Fred Deux, Le Massacre des innocents - Les Milç (1985-1986)
Centre Georges Pompidou

Cécile Reims, Autoportrait, d'après Hans Bellmer
Burin et pointe sèche (1970) Musée Hospice St-Roch, Issoudun

Cécile Reims, Les métamorphoses d'Ovide (1958)
Jusqu'au 8 mars 2009
Halle Saint-Pierre
2, rue Ronsard - 75018 Paris
Métro : Anvers, Abbesses
Tél. : 01-42-58-72-89
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Fermeture billetterie à 17h30
Expositions temporaires : 7,50€, tarif réduit 6€

Catalogue aux éditions Hazan, 192 p., 45 EUR.
00:15 Publié dans Arts graphiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fred deux, cécile reims









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Commentaires
toujours à la pointe de la découverte, notre Gazelle,
Ecrit par : framboisine | 31.01.2009
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